En 2025, le marché de la rénovation reste orienté à la baisse, mais sans décrochage brutal. C’est ce que montre le baromètre BOREAL 2026 du Club de l’Amélioration de l’Habitat qui met en évidence un paradoxe : un besoin réel de travaux mais des ménages contraints financièrement. Instabilité des aides, difficultés d’accès au crédit et blocages en copropriété, la reprise attendue en 2026 s’annonce …progressive. Explication avec Jean-Pascal Chirat, délégué général du Club de l’amélioration de l’habitat (CAH). Propos recueillis par Stéphane Miget
Le Baromètre BOREAL 2026 évoque une « contraction persistante mais modérée » du marché. Comment qualifieriez-vous la situation actuelle du secteur de la rénovation ? Est-on encore dans une phase de recul ou déjà dans une forme de stabilisation ?
BOREAL interroge régulièrement un panel de 2 000 professionnels du bâtiment intervenant en rénovation du parc bâti. Les récentes enquêtes révèlent certaines situations contrastées exprimées par les chefs d’entreprise pour ce qui concerne le financement des travaux de rénovation menés par les propriétaires occupants, particulièrement en maisons individuelles : ils observent d’une part un recours plutôt faible à l’emprunt bancaire, de l’ordre de 15 %, pour couvrir un reste à charge travaux se situant à hauteur de 75 % de la dépense, les aides publiques intervenant pour 10 % en moyenne. Mais dans le même temps, plus de la moitié des professionnels interrogés a déjà été confrontée à des situations d’abandon de projets de travaux chez les particuliers, en raison majoritairement d’une insuffisance de disponibilités financières, dans environ 80 % des cas. Pour autant, les professionnels du bâtiment ne se sentent pas disposés à jouer un rôle d’intermédiation dans les processus de financement travaux : seuls 6 % des entreprises seraient favorables à établir un partenariat avec un organisme de financement spécialisé. Cela conduit de fait à restreindre la dynamique du marché, alors même que le potentiel technique s’avère effectivement présent, ce qui traduit une forme de contradiction. La tendance du marché de la rénovation en 2025, observée par BOREAL (étude Xerfi), est plutôt stagnante, en léger retrait par rapport à 2024, soulignant ce phénomène contradictoire.
Quels sont aujourd’hui les principaux freins à l’activité pour les entreprises du secteur : contexte économique, conditions de financement ou évolution de la demande des ménages ?
Les trois raisons évoquées dans la question expliquent en partie l’inertie du marché. On peut y ajouter les effets négatifs des « stop and go » des politiques publiques, mais également ceux, fortement néfastes, générés par les nombreuses fraudes avérées et dénoncées par les médias.
Le logement collectif apparaît plus fortement pénalisé que la maison individuelle. Quelles sont, selon vous, les raisons structurelles de cet écart ?
L’activité de rénovation liée aux logements collectifs affiche un écart négatif de 1 à 2 % selon les périodes trimestrielles, par rapport à l’activité en maison individuelle, constituant de fait le segment le plus résilient. La raison majeure tient à la difficulté de gérer la prise de décision collective en copropriété privée. Il faut cependant noter que la récente loi Climat et Résilience imposant l’interdiction de louer des biens classés F et G incite un bon nombre de propriétaires bailleurs privés à voter plus favorablement les travaux de rénovation, voire à proposer la réalisation de DTG (diagnostic technique global) planifiant des travaux d’amélioration de l’étiquette énergétique de leur logement.
La rénovation énergétique recule également en 2025, malgré les enjeux. Quel impact ont eu les évolutions de MaPrimeRénov’ sur la dynamique du marché ?
Les atermoiements et reculs de MaPrimeRénov’ ont impacté négativement la bonne fluidité du marché, malgré une demande de travaux en rénovation d’ampleur qui est restée marquante (110 000 dossiers en cours fin 2025, dépassant ainsi l’objectif de 100 000 fixé par France Rénov’ pour cette même année).
Aucune région ni typologie d’entreprise n’est épargnée. Est-ce le signe d’un ralentissement généralisé ou observe-t-on malgré tout des signaux différenciants sur certains marchés ?
BOREAL, dans le cadre de son échantillon sélectif de 2 000 entreprises, analyse les fluctuations du marché par taille et nature d’activité des professionnels et grandes régions économiques. Le constat se traduit malheureusement par une généralisation des situations de stagnation en 2025. 25 % des entreprises signalent un recul des commandes, pour seulement 11 % évoquant une progression, portant le solde d’opinion à -14. Après une amélioration progressive observée en début d’année, les carnets de commandes se détériorent ainsi de nouveau en fin de période.
Vous évoquez une reprise possible en 2026, mais limitée. Quels leviers pourraient permettre d’accélérer réellement le redémarrage de l’activité ?
D’une façon générale, en 2026, malgré une inflation stabilisée et un contexte macroéconomique légèrement plus favorable, la croissance resterait contenue à +0,8 % et les conditions économiques ne seraient pas encore réunies pour permettre une reprise franche de l’activité. Pour ce qui concerne l’activité rénovation du logement, après un léger recul en 2025, il serait possible d’observer un redressement sensible en 2026. Pour l’année en cours, la dynamique devrait être plus favorable, avec une hausse de 0,3 % en volume et de 1,0 % en valeur, soutenue par la progression des prix (+0,7 %).
Dans ce contexte incertain, comment les professionnels du bâtiment doivent-ils adapter leur stratégie pour les mois à venir ?
Les professionnels et plus généralement l’écosystème de la rénovation du parc résidentiel privé devraient s’attacher à développer des politiques d’incitation et d’accompagnement à la rénovation énergétique et à l’adaptation des logements pour l’ensemble des publics propriétaires occupants et bailleurs privés. Pour
- Intensifier le recours aux solutions financières existantes et personnalisables : (Éco-prêt à taux zéro, prêt avance rénovation, prêt vert travaux, prêts individuels, prêts travaux copropriétés, prêt collectif global…)
- Mobiliser l’épargne des ménages vers des projets lisibles et protecteurs
- Soutenir la valorisation du patrimoine par la « valeur verte »
- Faciliter l’accès au prêt pour des emprunteurs âgés, notamment via des dispositifs nouveaux visant à monétiser en partie le patrimoine privé (prêt viager hypothécaire) et développer les solutions de tiers-financement et de préfinancement des aides publiques
- Faciliter la mise en place d’intermédiaires bancaires : inciter et former les professionnels spécialisés en rénovation de l’habitat pour leur donner la possibilité de devenir « intermédiaire en opérations de banque » (IOB)
- Élargir le public concerné par les travaux en intégrant dans les solutions de financement les enjeux de l’adaptation des logements au vieillissement et au changement climatique.
1/ Activité en recul mais stabilisée. La contraction du marché ralenti en fin d’année, sans réelle reprise –0,9 % : recul global du marché en 2025 ; –0,8 % / –0,6 % : évolution aux 3ᵉ et 4ᵉ trimestres –0,4 % : baisse de la rénovation énergétique
2/ Impact généralisé. La maison individuelle reste le segment le plus résilient. 100 % des régions concernées Toutes les entreprises touchées (TPE comme PME) –1 à –2 % : écart négatif du logement collectif
3/ Carnets de commandes sous pression. 25 % des entreprises en baisse d’activité, 11 % seulement en progression
4/ Financement, principal point de blocage. Le frein est économique avant d’être technique. 15 % : part des travaux financés par emprunt 75 % : reste à charge pour les ménages 10 % : part moyenne des aides, +50 % des professionnels confrontés à des abandons, 80 % des abandons liés à un manque de financement
5/ 2026 Un redémarrage possible, mais sans accélération marquée. +1 % de croissance attendue (en valeur) +0,7 % liée à la hausse des prix
