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Le Bim, outil de prescription opérationnel

Le Bim, outil de prescription opérationnel

Le Bim sera-t-il bientôt la référence des outils de prescription ? C’est en bonne voie. Une multitude de bibliothèques d’objets Bim génériques ou spécifiques sont désormais disponibles, offrant aux prescripteurs de nouveaux outils et techniques simples d’utilisation.

Le Bim (Building Information Modeling) se déploie progressivement, mais pour l’instant sans contrainte d’utilisation, notamment dans les marchés publics. Cela étant, une récente étude du Conseil national de l’Ordre des architectes (CNOA), menée d’avril 2016 à février 2018, démontre une demande croissante en Bim dans le secteur public. Selon cette analyse, 8,10 % des concours y font référence. En matière d’influence sur le processus de sélection, les maîtres d’ouvrage voient principalement le Bim comme une condition de participation. La compétence Bim de l’équipe candidate est même imposée dans 88 concours sur les 128 de référence. Il apparaît donc nécessaire pour tous les acteurs du BTP – à commencer par les prescripteurs –, de prendre le train du numérique et de la digitalisation des bâtiments.
Les prescripteurs – architectes, économistes, bureaux d’études, entreprises générales ou promoteurs – sont de plus en plus nombreux à constituer, en amont d’un projet de construction, le double numérique du bâtiment intégrant l’ensemble des données nécessaires à l’ouvrage. En particulier, il leur faut décrire la réalisation des livrables conformément à la loi MOP, relative à la maîtrise d’ouvrage publique et à ses rapports avec la maîtrise d’œuvre privée.

Étapes de la prescription

La prescription en Bim s’effectue en plusieurs phases. La première est réalisée au moment du concours. À ce stade, la partie description doit être courte et se limite à une présentation succincte de l’infrastructure, du clos et du couvert. La maquette numérique est alors initialisée. « On commence à entrer davantage dans le détail au stade des études d’avant-projet sommaire (APS) puis des études d’avant-projet définitif (APD) », précise Pierre Mit, gérant du Cabinet Mit. Et de poursuivre : « Lors de l’élaboration du CCTP (Cahier des clauses techniques particulières), nous disposons d’une maquette contenant soit des objets génériques ou bien directement des produits du marché en fonction du choix du maître d’ouvrage. Dans notre cabinet, nous ne travaillons pas avec les grands outils commerciaux du marché, mais avec le même logiciel depuis nos débuts : Attic+. Il permet la lecture de fichiers IFC ; nous sommes en Open Bim.
Le Bim est pour nous un outil et ne fait pas le travail à la place des prescripteurs. Bien au contraire, il nécessite des acteurs métiers très compétents. C’est néanmoins un excellent accélérateur de la prescription et une tendance fond. » Le Bim permet ainsi de croiser maquette et catalogue produits, de comparer les solutions et finalement de réaliser les prescriptions de façon plus optimisée.

Un exemple d’objet Bim, téléchargeable sur le site de BIM&CO, intégrable à une maquette numérique par un prescripteur. Doc. : BIM&CO
Ouverture dans le logiciel Revit d’Autodesk d’un objet Bim en phase de prescription pour accéder à ses différentes propriétés. Doc. : BIM&CO

Opportunité pour les fabricants

Le Bim devient incontournable pour les fabricants. C’est aussi une formidable opportunité pour eux s’ils veulent être facilement prescrits.
Il leur faut donc rendre leurs produits disponibles. Romain Bartoli, responsable communication chez BIM&CO, détaille les activités de sa plate-forme d’objets numériques : « Nous aidons les fabricants à proposer leurs objets en Bim. Cette démarche est itérative et incrémentale. Nous commençons par leurs produits favoris et nous les structurons de manière informatique. Il peut s’agir soit des produits qui se vendent le plus, soit de produits qui sont ressentis par les clients comme utiles. Puis, progressivement, nous industrialisons la digitalisation de l’ensemble de leur catalogue. Les prescripteurs gagnent de leur côté énormément de temps à prescrire des objets numériques détaillés et disponibles dans un catalogue d’objets, leur évitant ainsi de fastidieuses saisies manuelles. Certains découvrent même parfois des marques ou des produits simplement en parcourant notre catalogue d’objets Bim. Par ailleurs, une fois intégré à la maquette numérique, le produit pourra être facilement commandé directement depuis celle-ci. »
Le passage au Bim n’est donc plus une option pour les fabricants, c’est une obligation, surtout pour la prescription afin de rester dans la course et faire face au marché et à la concurrence. Les fabricants doivent bien sûr digitaliser leur catalogue de produits, mais surtout les faire vivre en les mettant à jour régulièrement.
À noter que l’analyse des catalogues Bim par les fabricants peut leur permettre de déterminer les profils de ceux qui téléchargent leurs objets, notamment les prescripteurs, afin d’adapter le contenu à leurs usages.

Philippe Cluzeau

La maquette numérique permet mettre en image l’économie du projet et de répondre aux questions : quoi ? où ? combien ? et à quel prix ? Doc. : Cabinet Mit
Renseignement du contenu par un économiste en prescription de projet dans le logiciel Attic+. Doc. : Cabinet Mit
Photo : Cabinet Mit

Avis d’expert

Pierre Mit, président de Building Smart France – Mediaconstruct
et gérant du Cabinet Mit
« La maquette numérique met en image l’économie du projet. »

« Nous ne sommes pas encore dans le “full Bim”. Pour les prescripteurs, la maquette Bim est très utile pour préciser la localisation. En revanche, la conception de la partie descriptive est plus difficile. En tant qu’économiste de la construction, je dois travailler lors de l’élaboration d’un CCTP au contenu et au contenant du projet. Le contenant désigne la capacité, la surface, le volume, les quantités ; en d’autres termes, le métré. Le contenu regroupe quant à lui la nature des composants, liée à l’usage et à l’image, la définition des produits ; il s’agit de la prescription elle-même. Le contenant a successivement pris différentes formes : de simples feuilles de papier, des fichiers DWG puis, à présent, des fichiers IFC pour le Bim. Les IFC améliorent également la prescription : la vérification est meilleure et la détection d’incohérences est facilitée. La maquette numérique permet de mettre en image l’économie du projet et de répondre aux questions : quoi ? où ? combien ? mais aussi à quel prix ? »

Photo : BIM&CO

Avis d’expert

Baptiste Mullie, CEO de BIM&CO
« Mieux standardiser les données. »

« Nous évoluons dans le monde de la digitalisation du bâtiment et plus particulièrement dans celui des composants et de la gestion des données des objets Bim. Nous considérons aujourd’hui que le Bim représente pour la prescription une opportunité dans le choix des produits. Le Bim est une méthode de travail plus collaborative pour apporter davantage de valeur au client final. Cela dit, il est difficile aujourd’hui d’avoir un langage commun d’échange entre les acteurs d’une même maquette numérique, car il n’existe aucun standard qui décrive toutes les données de la maquette. Certes, PPBIM est une excellente initiative, mais il ne regroupe pour l’instant qu’une trentaine d’objets. Or, pour décrire un bâtiment, il en faut 11 000 ou 12 000 ! Il faut donc mieux standardiser les données pour mieux échanger et mieux prescrire. C’est pourquoi nous développons des outils pour normaliser les objets Bim et disposer de répliques digitales des objets des fabricants à offrir aux prescripteurs. Le Bim comme outil de prescription impose à la maîtrise d’ouvrage davantage d’implication dès le début du projet de bâtiment. »

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