L’ADEME a dressé un état des lieux de la consommation électrique actuelle des centres de données en France. L’étude propose en outre un modèle prospectif permettant de modéliser des scénarios d’évolution des consommations jusqu’à 2060.
Avec l’explosion des usages numériques, et plus particulièrement de l’intelligence artificielle, mais aussi du cloud ou encore de l’IoT (Internet des objets), la demande en infrastructures de centres de données va croissante, et avec elle la consommation en électricité.
Rien qu’en 2024, la consommation mondiale de ces infrastructures a atteint 415 TWh. Et au regard de la pléthore d’investissements records dans ce domaine, notamment de la part des GAFAM, il y a fort à parier que ces consommations explosent dans les prochaines années.
Cette hausse annoncée est-elle seulement compatible avec les objectifs climatiques de la France de neutralité carbone en 2050 ? Dans une étude de l’ADEME, publiée lundi 6 janvier, l’Agence de la transition écologique prévient que la consommation d’électricité induite par les usages français pourrait être multipliée par 3,7 d’ici 2035.
Les deux tiers de ces consommations auraient lieu hors de France, dans des pays où les mix électriques sont davantage carbonés, provoquant ainsi une augmentation des émissions de gaz à effet de serre. « Si rien n’est fait, la consommation électrique des centres de données pourrait être multipliée par 3,7 en France d’ici 2035, et par 4,4 si l’on tient compte de leur consommation importée pour répondre aux usages des Français », développe l’agence.
Une consommation multipliée par 7 d’ici 2060 ?
La France compte actuellement 352 centres de données en exploitation en 2024, pour une puissance de 2,46 GW. Les projets annoncés à l’horizon 2035 représentent 6,5 GW supplémentaires, portant la puissance totale potentielle du parc à près de 9 GW s’ils se réalisent tous. « La volatilité et le peu de fiabilité des annonces nous ont confortés dans le choix de ne pas utiliser ces projections de puissances installées pour nos projections », note toutefois l’agence.
L’ADEME a en outre réalisé une évaluation prospective de la consommation des data centers en France jusqu’en 2060. Un travail qui ne prend toutefois pas en compte les besoins en ressources nécessaires à la fabrication des infrastructures.
« Selon les différents scénarios présentés, les consommations d’électricité française des datacenters en 2060 vont d’une division par deux à une multiplication par sept. Une forte expansion des consommations des centres de données entraînerait un accroissement important des émissions du secteur, incompatible avec l’Accord de Paris et la trajectoire SBTi du secteur du numérique », prévient l’ADEME dans ses conclusions. La récupération de chaleur fatale ou encore l’efficacité énergétique des équipements ne se substitueront pas, à elles seules, à une politique « active » de sobriété. Selon les conclusions de l’ADEME toujours, « seule une politique de sobriété très volontariste, modifiant en profondeur nos modes de vie, permettrait une inflexion suffisante pour réduire les consommations futures des centres de données ». À bon entendeur.

