À l’initiative de la LPO, le comptage national des oiseaux des jardins réunissait, les 25 et 26 janvier 2026, des dizaines de milliers de participants à travers la France. Cette opération de science participative contribue au suivi des espèces communes, dans un contexte de recul de la biodiversité ordinaire. Elle met aussi en avant le rôle du bâti, et en particulier des façades, comme habitat pour certaines espèces d’oiseaux inféodées au milieu urbain.
C’est une occasion de (re)découvrir l’émission enregistrée à Batimat 2024, consacrée aux enjeux et aux solutions pour concilier protection de la biodiversité et rénovation des façades. Maeva Felten, de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), Paul Saraïs, responsable de l’architecture à l’Union sociale pour l’habitat (USH), et Thibault Lelong, chef de produit chez Sto France, y partageaient leurs analyses et retours d’expérience.
Extrait des meilleurs moments
Les hirondelles de fenêtre, martinets noirs, moineaux et rougequeues noirs vivent près de nous et utilisent souvent les bâtiments pour nidifier. Ces espèces, dites « inféodées », sont protégées et jouent un rôle important dans le renouveau de la biodiversité en ville. Malheureusement, bien qu’il y ait une prise de conscience croissante, elles sont souvent oubliées lors des ravalements ou de la mise en œuvre de systèmes d’isolation thermique par l’extérieur (ITE) : les nids d’hirondelles sont détruits et les trous de nidification des moineaux bouchés, entre autres. Pourtant, la protection de ces espèces est cruciale, d’autant que leur nombre diminue en ville comme à la campagne.
« En trente ans, nous avons observé une baisse de 30 % des espèces inféodées, et même de 46 % pour le martinet, qui niche exclusivement dans les constructions ; la rénovation énergétique ne leur est pas favorable », regrette Maéva Felten, responsable du programme Nature en ville à la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO). Le moineau domestique est encore plus touché en Île-de-France, ajoute-t-elle, avec une baisse de 73 % en treize ans. Les chauves-souris, également inféodées aux bâtiments, subissent le même sort, en particulier la pipistrelle commune, dont la population a chuté de 24 % en dix-sept ans, selon une étude de Vigie-Chiro.
Réglementation stricte
Ces espèces étant protégées, le maître d’ouvrage doit s’y intéresser, et de plus en plus de collectivités imposent des mesures. Paul Saraïs, responsable architecture à l’Union sociale pour l’habitat (USH), a rappelé que l’enjeu est de concilier la transition énergétique et la préservation de la biodiversité urbaine. « La prise de conscience s’accroît chez les bailleurs, mais les réglementations sont encore trop méconnues. Pourtant, des mesures de compensation peuvent être intégrées dès la planification des travaux. »
Dans tous les cas, les obligations légales protègent ces espèces et leurs habitats. « La réglementation est stricte », précise Paul Saraïs. Il est interdit de détruire les habitats et les nids de ces espèces, même vides. Toute infraction peut être sanctionnée par des peines allant jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende. Ce cadre légal reste toutefois peu connu des professionnels de la rénovation, qu’ils soient bailleurs, maîtres d’œuvre ou artisans. « Nous devons sensibiliser ces acteurs pour qu’ils prennent en compte ces particularités. »
La réglementation impose effectivement des dérogations et des solutions compensatoires, comme l’installation de nichoirs artificiels ou l’application de matériaux offrant une rugosité favorable pour permettre aux hirondelles de fixer leurs nids. Les règles « Éviter, Réduire, Compenser » s’appliquent également en cas de destruction de l’habitat d’espèces protégées.
Sensibilisation et accompagnement
La LPO mène des campagnes de sensibilisation auprès des entreprises de construction, souvent peu informées de l’impact de leurs pratiques sur la faune. « Lorsqu’on leur présente ces dispositifs, les réactions sont positives, mais il reste un manque d’information sur l’importance et l’obligation de les installer. » La LPO insiste également sur l’importance d’un calendrier de chantier respectueux des cycles biologiques de ces espèces, avec des périodes de travaux éloignées des phases de reproduction, de migration ou d’hibernation. « D’autant plus que ces oiseaux reviennent chaque année au même endroit pour nicher », précise Maéva Felten.
Concrètement, lors de rénovations ou de démolitions, le maître d’ouvrage doit déposer un dossier à la DDTM afin de définir les mesures de protection à mettre en place. Pour répondre à ces enjeux et mieux intégrer la biodiversité dans le bâti, des collaborations se développent entre écologues, bailleurs sociaux et entreprises de construction. Le groupe Sto France, spécialisé dans les produits d’isolation thermique, travaille avec la LPO pour concevoir des systèmes de façade adaptés. « Par exemple, nous intégrons des nichoirs directement dans les panneaux d’isolation ou en applique, permettant aux chauves-souris et aux oiseaux de continuer à occuper leur territoire naturel malgré les rénovations », explique Thibault Lelong, chef de produit chez Sto France. Les fabricants comme Sto proposent des modèles intégrés à encastrer lors de la pose. Collés et recouverts d’enduits, ils isolent efficacement sans créer de pont thermique et restent discrets, seul l’orifice d’entrée demeurant visible. D’autres modèles peuvent être fixés en applique sur la façade.
Solutions techniques
En pratique, il existe donc des moyens concrets pour protéger les oiseaux et leurs sites de nidification, y compris pendant les travaux. Il est recommandé de se faire accompagner par des experts en biodiversité et des ornithologues afin d’identifier les espèces présentes et les nids avant le début du chantier. Une évaluation minutieuse de la façade permet de repérer les nids existants et d’aider les maîtres d’ouvrage à protéger efficacement les habitats. Planifier les travaux hors période de nidification constitue une autre mesure de bon sens, les autorités locales pouvant conseiller sur les périodes à éviter.
Pour certaines espèces, comme le martinet, il est possible d’installer des nichoirs artificiels à proximité du chantier. Il est également important d’informer les équipes de travaux sur les espèces présentes et les règles de protection, afin de favoriser le respect de la réglementation.
Sur le plan technique, des solutions existent pour favoriser la réinstallation des oiseaux après les travaux, notamment lors de la mise en œuvre d’une ITE ou d’un ravalement. Des nichoirs ouverts pour hirondelles ou des dispositifs tubulaires pour martinets peuvent être intégrés directement dans la façade. « D’autres initiatives visent à renforcer l’intégration de la biodiversité dans le bâti urbain », souligne Thibault Lelong. Le programme Nature en ville de la LPO, auquel nous participons, promeut par exemple la végétalisation et la réduction de la pollution lumineuse, qui perturbe également les espèces nocturnes comme la pipistrelle commune.
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