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Expérimenter l’excellence environnementale énergie carbone

Dossier : E+C- : retour d’expérience 

Avec E+C-, l’Etat a engagé une expérimentation dans laquelle la limitation de l’impact carbone est devenue, avec l’énergie, prioritaire. Présenté comme unique lors de son lancement en novembre 2016, le label Bâtiments à énergie positive et réduction carbone (E+C-) certifie le respect, par les acteurs de la construction, des bonnes pratiques énergétiques et environnementales pour des bâtiments à la fois positifs (Bepos) et bas carbone. L’expérimentation touche à sa fin et montre que ce n’est pas si simple.

Accompagner l’expérimentation des bâtiments à énergie positive et réduction carbone (E+C-), c’était l’objectif du programme Obec (Objectif bâtiment énergie-carbone) de l’Ademe. Lequel a délivré ces premiers enseignements.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont surprenants. Explications.

Au cœur du quartier Confluence à Lyon, la future résidence « Le Roncevaux », Grand Lyon Habitat, actuellement en chantier, vient d’obtenir le label E+C- délivré par Cerqual avec un niveau exemplaire E3C1. ©Grand Lyon Habitat

Novembre 2016, Emmanuelle Cosse, alors ministre du Logement, lançait le label expérimental Bâtiments à énergie positive et réduction carbone (E+C-). « Une traduction de l’engagement des pouvoirs publics et des acteurs de la construction pour élaborer et faire vivre un nouveau standard des bâtiments neufs à l’horizon 2020. » Autrement dit, la prochaine réglementation environnementale prévue pour 2020. Pour accompagner cette expérimentation, l’Ademe a lancé, dans le même temps, le programme Obec.

S’approprier la méthode
Doté de 3 millions d’euros en 2017, ledit programme vise un triple objectif : sensibiliser et informer les acteurs du secteur pour monter en compétence sur le référentiel E+C-, alimenter l’observatoire E+C- en données énergétiques, environnementales et économiques, et aider ces mêmes acteurs à s’approprier la méthode d’analyse de cycle de vie (ACV). C’est probablement le plus important, car, sur ce point, il y a un nécessaire travail d’appropriation de la méthode ACV pour le secteur de la construction. Même si les industriels y travaillent depuis plusieurs années, ce n’est pas le cas de l’ensemble de la chaîne de valeurs, de la conception à l’exploitation d’un bâtiment. En termes de méthode, les régions ont été sollicitées et, avec l’aide de bureaux d’études prestataires, de nombreux projets sélectionnés et évalués.

Enseignements positifs sur le volet énergie
Ce qui est intéressant, c’est que l’Ademe a retenu des bâtiments standard, sans élitisme, répondant aux critères de la réglementation RT 2012. Verdict ? La plupart des projets atteignent les niveaux E2 et E3. Donc, concernant le volet énergie (E), les résultats répondent aux attentes. Reste à passer un palier supplémentaire pour atteindre l’objectif du bâtiment à énergie positive en 2020. Le réel bâtiment à énergie positive, atteignant le niveau E4, est encore très rare. À priori, les niveaux E2 et E3 sont pressentis pour être ceux de la future réglementation.

Enseignements positifs sur le volet énergie
Incertitudes sur le carbone
Concernant l’aspect carbone, les résultats de l’expérimentation Obec montrent que beaucoup d’incertitudes demeurent encore. La plupart des projets, toutes régions confondues, ont du mal à passer le niveau C1. Ainsi, sur 35 bâtiments étudiés en Île-de-France, seuls six l’atteignent. Même constat en Occitanie où 4 bâtiments seulement dépassent le niveau C1 sur les 20 projets analysés.
Plusieurs explications sont avancées : la première d’entre elles porte sur les données environnementales liées aux matériaux et équipements techniques. Ainsi, malgré un nombre important de fiches déclaratives environnementales et sanitaires (FDES) sur la base de données Inies*, il n’y en a tout simplement pas encore assez pour réaliser une étude ACV complète.
La seconde raison, c’est que, pour pallier ce manque de fiches, des données par défaut ont été mises à disposition et massivement utilisées par les participants à l’expérimentation. Or ces données sont très majorées pour ne pas pénaliser les industriels ayant fait l’effort de mettre à disposition des données environnementales. On parle d’un facteur 2, voire 3, par rapport à une donnée type FDES ou PEP (profils environnementaux produits). Résultat : sur le panel de bâtiments étudiés en Île-de-France, la fréquence de données renseignées par défaut est de 64 %, ce qui bien sûr pénalise fortement les projets et donc l’analyse globale.

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* Base de données environnementales et sanitaires de référence pour le bâtiment.

Les analyses du cycle de vie des bâtiments basse consommation montrent que près de 60 % des gaz à effet de serre proviennent des matériaux de construction (source : Alliance HQE-GBC). © Lignatec Loire-Atlantique Architecte : Michel Roulleau Entreprise de construction : MurŽko Macro lot ContrecollŽ - KLH CrŽdit photo : Atlanbois

Rappel des deux volets de E+C-
E+C- comprend un volet énergie (E) gradué en 4 niveaux et un volet carbone (C) gradué en 2 niveaux de performance.
1/ E retient comme indicateurs le Bbio (besoin bioclimatique) et le Cep (consommation d’énergie primaire) de la RT 2012 et un indicateur Bepos relatif au bilan énergétique sur l’ensemble des usages du bâtiment. E1 < 122,3 kWhep ; E2 < 119,3 kWhep ; E3 < 94,8 kWhep ; E4 < 0 kWhep.
2/ C prend en compte (bâtiment et parcelle) 4 phases du cycle de vie du bâtiment – la production, la construction, l’exploitation et la fin de vie – analysées avec 4 contributeurs : produits de construction et équipement, consommation d’énergie, chantier, consommation d’eau. C1 matériaux < 1 362,1 kgeq CO2/m2 (Eges).
L’impact du bâtiment est le résultat de l’addition des impacts environnementaux de tous les contributeurs. Pour les produits de la construction, les évaluations se fondent sur les FDES et, pour les équipements techniques, sur les PEP.

Fluidifier, rationaliser
Les industriels et leurs représentants doivent donc consentir un effort important dans la production de FDES et PEP. Cela permettra d’avoir une situation plus conforme à la réalité. Pour l’Ademe, les fabricants de matériaux joueront un grand rôle pour « fluidifier » les réflexions. Une autre difficulté est remontée des différentes régions, à savoir la part trop importante laissée à l’interprétation et à la subjectivité dans la réalisation d’une ACV du bâtiment. Dans q uel lot doit être affecté tel produit ? Jusqu’à quel niveau de détail faut-il aller ? Les résultats peuvent varier fortement si l’on demande à plusieurs personnes de réaliser la même étude. Cela montre un manque de maturité de la méthode. Il y a donc un besoin de rationaliser et de mettre en place une méthode plus simple et des règles claires et communes à tous.
Reste encore à analyser en profondeur ces résultats et, bien sûr, à les prendre en compte : « L’ensemble des retours d’expérience consolidés dans le cadre des opérations Obec permettra de nourrir les réflexions pour la construction de la future réglementation », concluent les experts de l’Ademe. Rappelons tout de même que la réglementation est attendue fin 2020, avec une application possible dès 2021. Il va falloir faire vite, car c’est demain…

Après les bâtiments, les quartiers E+C-
Au-delà du bâtiment, les opérations d’aménagement représentent autant d’opportunités à saisir pour engager les territoires sur la voie de la transition énergétique et écologique. Les choix effectués en matière de planification, d’organisation spatiale, de morphologie urbaine, de localisation des emplois et des activités, de gestion des mobilités… impactent très fortement les performances énergétiques et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. D’où l’idée de changer d’échelle et de passer du bâtiment au quartier avec le projet Quartier E+C-. Ce projet sera réalisé par un consortium fédérant le CSTB, Elioth, l’Alliance HQE-GBC, Efficacity, Effinergie, Certivéa, l’Association BBCA et Atlantech. Il vise à développer et tester une méthode d’évaluation énergie/carbone à l’échelle du quartier. Cette contribution nourrira les travaux plus larges d’intégration des problématiques environnementales dans la conception urbaine et participera à faire de l’aménagement opérationnel un levier essentiel vers des territoires plus vertueux en matière de performance environnementale.

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