Quinze organisations engagées dans la transition écologique du secteur de la construction ont annoncé la création de l’Alliance éco-matériaux, un collectif destiné à promouvoir le développement des matériaux biosourcés et géosourcés dans le bâtiment. L’objectif est d’accélérer la décarbonation du secteur en favorisant l’usage de matériaux peu transformés, issus notamment du bois, du chanvre, de la paille ou de la terre. 

Un levier pour la trajectoire climatique

 

La création de cette alliance intervient dans un contexte d’accélération des objectifs climatiques. La future Stratégie nationale bas carbone (SNBC 3) prévoit en effet une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 5 % par an d’ici 2030, contre environ 2 % par an sur la période 2017-2024. Or, le secteur du bâtiment représente à lui seul 23 % des émissions nationales, ce qui en fait un levier majeur de décarbonation. 

Dans cette perspective, les éco-matériaux apparaissent comme une solution immédiatement mobilisable. Contrairement à certains procédés industriels fortement émetteurs, ces matériaux nécessitent peu de transformation et mobilisent des ressources renouvelables. Ils présentent également la capacité de stocker du carbone sur la durée de vie des bâtiments, contribuant ainsi à réduire l’empreinte carbone du secteur. 

Le bâtiment comme « banque de carbone »

Les matériaux biosourcés reposent principalement sur des ressources végétales dont la croissance capte naturellement du carbone atmosphérique. Une fois intégrés dans les constructions, ce carbone reste stocké pendant plusieurs décennies, voire davantage.

Construire ou rénover avec du bois, de la paille, du chanvre ou de la terre permet ainsi de transformer les bâtiments en véritables réservoirs de carbone, sans attendre le développement de technologies de captage encore incertaines. Les charpentes en bois de nombreux édifices historiques témoignent d’ailleurs de cette capacité de stockage sur le long terme.

Des bénéfices pour la santé et le confort

Au-delà de leur impact climatique, les éco-matériaux présentent des propriétés hygrothermiques particulièrement adaptées aux bâtiments, notamment dans le cadre de la rénovation. Leur capacité à réguler l’humidité contribue à limiter les risques de condensation, de moisissures et de dégradation des parois. Ces matériaux offrent également un déphasage thermique intéressant, permettant de retarder le réchauffement des espaces intérieurs lors des épisodes de fortes chaleurs. Dans un contexte d’augmentation de la fréquence des vagues de chaleur, cet atout constitue un enjeu croissant pour la conception et la rénovation des bâtiments. 

Des filières territoriales créatrices d’emplois

Le développement des éco-matériaux s’inscrit également dans une logique de relocalisation des filières de production. Ces matériaux étant généralement peu transformés et souvent produits localement, ils participent au développement économique des territoires et à la création d’emplois non délocalisables.

L’exemple de la filière chanvre développée dans le Parc naturel régional du Gâtinais illustre ce potentiel. La culture de cette plante rustique, peu consommatrice d’eau et d’intrants, a permis de structurer une filière locale produisant des matériaux destinés notamment au secteur de la construction. 

Une alliance pour structurer la filière

L’Alliance éco-matériaux rassemble quinze organisations représentatives de la filière construction et écoconstruction, parmi lesquelles Fibois France, France Bois Forêt, Construire en Chanvre, le Réseau Français de la Construction Paille, Interchanvre, Ekopolis ou encore le Conseil national de l’Ordre des architectes. 

Le collectif entend fédérer les acteurs engagés dans le développement des éco-matériaux, soutenir les pratiques professionnelles favorisant les bâtiments durables et renforcer les filières créatrices de valeur et d’emplois. Il ambitionne également de porter une parole commune auprès des pouvoirs publics pour favoriser leur déploiement à plus grande échelle. 

Des propositions pour soutenir les éco-matériaux

Dans un second temps, l’Alliance prévoit d’interpeller les pouvoirs publics autour de plusieurs mesures destinées à encourager l’usage de ces matériaux dans la construction et la rénovation. Parmi les pistes évoquées figurent notamment la mise en place d’un taux de TVA réduit, des mécanismes de bonus-malus favorisant les matériaux bas carbone ou encore le conditionnement de certaines aides publiques à l’intégration d’une part significative d’éco-matériaux dans les projets. 

En structurant ce collectif, les acteurs de la filière entendent ainsi accélérer la transition écologique du secteur du bâtiment, en faisant des matériaux biosourcés et géosourcés un levier central de la décarbonation et du développement territorial.