Depuis la rive gauche de la Seine, une fois franchi le pont Guillaume-le-Conquérant, c’est un peu comme arriver à Rouen par bateau. Sur le quai, changement de décor. L’ancienne friche industrielle a cédé la place à un nouveau lieu de vie. Le Hangar 105, où le travail côtoie la détente et les loisirs. Et derrière une façade miroir aux couleurs du ciel, une mise en scène d’espaces coworking, hôtellerie, restaurants, terrasses et place publique aux couleurs des saisons : marché de Noël, démonstrations de skate, concerts. Une reconquête de la Seine qui offre de nouvelles sensations à la métropole normande. Par Josée Blanc-Lapierre.

©TECHNAL/Maxime Delvaux
Pas facile d’attirer les Rouennais sur l’autre rive de la Seine, encore moins de transformer un ancien port industriel en quartier urbain. A priori, le but est atteint : « Les Rouennais se sont vite approprié le site ; très diversifié et attractif, il draine un public très varié ; en gare, donner son adresse au taxi provoque des éloges du genre : “Quelle réussite !”, c’est dire ! » raconte l’architecte Guillaume André, Marc Mimram Architecture et Ingénierie. C’est vrai que l’architecture y est pour beaucoup.
Tout est fait pour favoriser une impression de légèreté. Avec une prime décernée à l’idée d’avoir tranché dans le bâtiment comme dans un gâteau. Coupé en deux (103 et 67 m), il s’allège et libère un espace central livré à l’imagination du public. Un forum où deux pignons se regardent et dont les murs-rideaux vitrés se distinguent des autres façades. Autre ouverture, un atrium (25 x 10 m) accentue encore l’aspect éthéré du socle, dont les usages, parfois éphémères, sont tournés vers l’extérieur : « Le RC a été voulu transparent et poreux ; il est aussi traversant, avec un forum à l’air libre et un atrium couvert, lien entre le RC et les activités en toiture ».
Les étages intermédiaires (sur deux niveaux, un futur hôtel avec piscine, 114 chambres, rooftop, lobby, boutiques), avec leur façade en damier, constituent une enveloppe très claire qui, suspendue au-dessus du sol, renforce encore l’idée de « glissement » du RC : « Donner l’impression d’un sol qui se libère, se glisse sous le hangar et semble décollé du quai ». Pour couronner le tout, une toiture ondulante se soulève délicatement au niveau de l’attique pour évoquer les flots de la Seine et accueillir des terrasses en promontoire sur le paysage vallonné de la ville normande et le nouveau quartier Flaubert au sud.
Souple et durable
Parmi les singularités du bâtiment, son adaptabilité dans la durée : « Il pourra être adaptable tout au long des 70 ans de sa vie », c’est l’engagement du maître d’ouvrage. Une contrainte de flexibilité imposée dès le départ, la programmation du bâtiment ne pouvant être fixée à l’avance : « Il nous fallait être en capacité d’accueillir des évolutions ou des changements dans une coque que l’on était en train de construire ; par exemple, un hôtel prévu pour 80 chambres pouvait très bien être élargi à 100 chambres ! ».

©TECHNAL/Maxime Delvaux
Pour la structure porteuse, essentiellement en béton, le choix s’est porté sur un plancher champignon, sans retombée de poutres, afin de laisser toute liberté d’agencements : « Un plancher que l’on dimensionne comme une plaque, une surface lisse qui permet, sans trop de contraintes, le positionnement de programmes différents et changeants ; dans cette configuration, tous les locaux techniques se trouvent en toiture ».
L’exigence de souplesse a aussi impliqué une façade adaptée, avec une trame régulière identique sur deux niveaux : 250 modules de 400 kg chacun, prévus pour accueillir n’importe quel programme, aussi bien du bureau que de l’hôtellerie. L’enveloppe de verre est constituée d’une double peau : des ouvrants coulissants à l’arrière et des panneaux fixes à l’avant, alternant garde-corps et filtres solaires teintés. Une solution technique exclusive et brevetée : 250 châssis coulissants à frappe Tigal de 3,50 m x 2,85 m, aux performances thermiques et AEV (air, eau, vent), et acoustiques de 40 dB, en réponse aux besoins de l’hôtel et du coworking. L’assemblage de ces baies vitrées coulissantes hybrides offre un motif en damier aux reflets changeants selon l’humeur du ciel.
Toiture ondulante
Autre signature particulière du 105 : une verrière à double courbure avec des verres cintrés à froid (par choc thermique sur du verre trempé). Des études poussées ont été nécessaires pour que la déformation infligée aux plaques de verre de 1,75 m sur 2,70 m (jusqu’à 7 cm d’un angle à l’autre) reste acceptable — en clair, pour éviter la casse !

©TECHNAL/Maxime Delvaux
Au moment du « pliage » et de la pression exercée sur le verre pour l’installer dans la géométrie de la charpente métallique de 700 m² (poutres en V en acier PRS, profilés reconstitués soudés, posés tous les 7 m selon une courbe sinusoïdale), l’opération se fait à la main. Des ouvriers en toiture accompagnent le verre, qui se déforme sous son propre poids et, si les calculs sont justes, se met en place tout seul. Un défi de montage ! À l’aplomb du rooftop et de l’atrium, la géométrie particulière du soulèvement de la toiture produit un effet de vague, clin d’œil aux ondulations des eaux de la Seine.
Ce bâtiment belvédère de 16 000 m² relève de nombreux défis techniques (résistance aux éléments, confort acoustique, optimisation des surfaces) et fait le choix du sur-mesure et du durable : 75 % d’aluminium recyclé, des modules préfabriqués favorisant un gain de temps, ou encore une charpente extrêmement fine, découpée numériquement pour limiter l’empreinte carbone. Entièrement réversible, c’est aussi sa façon de faire un pari sur l’avenir.
Fiche technique
Maître d’ouvrage : La Métropolitaine SCI Le 105
Maîtrise d’œuvre et architecture : Marc Mimram, Architecture et Ingénierie
Menuiserie aluminium : Sofradi
TECHNAL : Pascal Violleau, directeur prescription

